Myriam Soulanges

Guy ZIEGLER

En 2011, création de sa compagnie en Guadeloupe, Myriam oriente son travail sur des questions identitaires comme force à part entière. Elle développe une dynamique de transversalité artistiquedans ses collaborations, dans lesquelles le point de vue de la Femme prend une place essentielle. Son écriture chorégraphique se pose sur un mouvement décisif et précis où l’altérité des corps dans les espaces, les rythmes et les volumes saisit sa complexité. 

 

Entretien avec Myriam Soulanges :

 

 Afin de faire connaissance, pouvez-vous nous dire comment vous êtes venue à la danse ? A moins que ce ne soit la danse qui soit venue à vous…

Myriam SOULANGES : Adolescente j’étais passionnée de musique et de scène… Une véritable échappatoire !

Ma petite chambre d’une cité HLM en province est devenue mon premier lieu de répétition. À 17ans, je suis partie vivre en banlieue parisienne avec ma mère, dans le 93. J’y ai découvert et me suis plongée littéralement dans la culture hip--hop, me retrouvant en classe avec… Oxmo Puccino!

A partir de là, la danse est devenue le moyen de m’émanciper, d’élargir mon univers, de construire ma personnalité, de questionner mon identité, de me sentir vivante. Consciente de ce lien avec l’artistique, j’ai cherché à me former dans d’autres techniques et c’est Rick Odums qui m’a offert la possibilité de suivre sa formation professionnelle gracieusement.

 

Vous souvenez-vous de votre première prestation sur une scène ? Ou de votre première prestation publique ?

J’ai toujours eu envie de créer des spectacles .Enfant, j’organisais des représentations dans mon village charentais… D’ailleurs, une phrase grince encore dans ma tête : « elle a le rythme dans la peau ».

Mais c’est avec Géraldine Armstrong que j’ai fait mes premières scènes. Entre nous…Je suis petite, je ne suis pas souple, j’ai commencé la danse tardivement, si l’on se base sur les normes sociétales… je n’ai donc rien d’une danseuse. Géraldine Armstrong m’a pourtant sollicitée pour rentrer dans sa compagnie. Pour la première, dans tous les tableaux, j’étais au fond derrière toutes ses filles aux longues jambes et aux grands battements invraisemblables! À la fin du spectacle, l’agence de diffusion est venue me féliciter et dire à la chorégraphe:

« Mais pourquoi la petite, elle est au fond, elle a une superbe énergie? »Tout a changé pour les autres représentations.

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours artistique ?

Tout d’abord ma rencontre avec Rick Odums pour sa générosité en vers moi et sa confiance et pour la formation qu’il m’a donnée. Ensuite, ma décision de quitter Paris pour vivre en Guadeloupe avec dans la tête cette recherche identitaire. Plus tard, ma rencontre avec Taoufiq Izeddiou qui a passé du temps en Martinique avec moi pour ma première recherche sur Mika, heure locale. « Quelle est ta danse, Myriam ? » Ce sont ses mots. Je crois que cette rencontre m’a permis l’exploration de ce qui m’appartient, la permissivité de la différence, l’acceptation du déséquilibre, la beauté de l’imperfection ; le fait d’aller vers sa propre sincérité, vers soi.

Mon parcours est encore jeune, en recherche, en introspection, les grandes étapes arrivent.

 

Vous semblez vouloir représenter la femme à travers ton travail. Considérez-vous la danse comme un moyen de la valoriser ?

Je suis une femme, une femme noire caribéenne, indéniablement la question de ce que je suis imprègne ma démarche artistique. Aujourd’hui, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mari. Des groupes interdits aux femmes dont les IteIncels rassemblent des dizaines de milliers d’hommes hétérosexuels qui tiennent les femmes pour diaboliques ou «femoid» (expression contraction de Femme et humanoïde visant à les déshumaniser) comme uniques responsables de leur célibat durable. Ils affirment des propos misogynes, violents et revendiquent des actes de violence. Aussi la présence des femmes dans les «hautes fonctions» du milieu de la danse jugée essentiellement féminine reste majoritairement masculine (cf articles du NY Times et France Culture…).

Améliorer la situation des femmes c’est améliorer la situation de la famille et de la société; de la transmission d’un passé et donc de l’élaboration d’un futur. Certains comportements ne sont plus tolérés, on progresse mais les inégalités se modifient constamment.

Une dernière question pour toi : sur quoi êtes-vous actuellement en train de travailler ?

LES FEMMES, leurs départs, nomades vers un ailleurs, la différence culturelle, traditionnelle et leurs points de rencontre.